APPENDICITE
AIGUE
C’est une urgence chirurgicale abdominale fréquente. Son diagnostic
est clinique. Le polymorphisme clinique et l’absence de parallélisme
anatomo-clinique rendent compte :
·
de l’urgence thérapeutique,
·
de l’indication opératoire très large dans le
doute.
·
L’appendicite aiguë constitue l’urgence
abdominale la plus fréquente, touchant un individu sur 500 à 600 habitants.
·
Elle survient à tous les âges, avec une
prédilection dans les trois premières décennies de vie.
PHYSIOPATHOLOGIE
·
Le mécanisme le plus souvent responsable est
l’obstruction de la lumière appendiculaire par un stercolithe, un corps
étranger, ou l’hyperplasie lymphoïde. Mais l’obstruction n’est pas toujours
retrouvée et l’on évoque alors une origine hématogène.
ANATOMOPATHOLOGIE
Par ordre de gravité croissante, on distingue:
·
L’appendicite catarrhale, où l’organe est
oedématié;
·
La forme purulente dans laquelle la lumière
contient du pus, la séreuse étant recouverte de fausses membranes;
·
Les formes hémorragiques et nécrosantes,
réalisant au maximum l’aspect de la gangrène appendiculaire diffuse, menant à
la perforation:
o
celle-ci peut se produire rapidement en
péritoine libre, la grande cavité contenant du pus fétide.
o
en cas d’évolution plus progressive,
l’accolement du caecum, des dernières anses grêles recouvertes de fausses
membranes et de l’épiploon aboutit à l’abcès appendiculaire.
ETUDE CLINIQUE
A- forme typique appendicite aigue illiaque droite de l’adulte jeune
a) Le tableau habituel
1- C’est un syndrome douloureux, aigu, fébrile, de la fosse iliaque
droite.
·
La douleur abdominale a un début brutal ou
rapidement progressif, d’intensité vive ; siégeant au niveau de la FID
·
Elle est accompagnée de vomissements
alimentaires, puis bilieux, et de constipation.
·
Les signes généraux sont marques par:
o
une fièvre habituellement modérée (38°, 38°5)
o
un pouls accéléré parallèle, mais l’état
général est conservé.
2- A l’examen
·
A l’interrogatoire, on recherche des crises
antérieures ayant tourne courte.
·
La respiration abdominale est normale, avec
parfois un gène à la respiration profonde.
·
La palpation, faite les deux mains réchauffées,
commençant par les régions les moins douloureuses , retrouve dans la FID deux signes absolument essentiels au
diagnostic: la douleur provoquée. localisée ou étalée, et la défense (réaction
pariétale au palper profond).
·
Les touchers pelviens (toucher rectal et
toucher vaginal chez la femme) recherchent une douleur en haut et à droite, et
l’intégrité des annexes.
·
Langue saburrale.
3- Les examens complémentaires:
·
Seule la numération-formule sanguine peut aider
au diagnostic, montrant une hyperleucocytose avec polynucléose;
·
La radio de l’abdomen sans préparation peut
montrer : un iléus régional, clarté
gazeuse du caecum, mais surtout élimine une autre pathologie abdominale.
Le diagnostic de cette crise typique est aisé et impose
l’intervention d’urgence étant donne l’absence de parallélisme
anatomo-clinique.
b) Il existe, cependant, de nombreux tableaux atypiques.
·
la douleur est épigastrique, péri ombilicale.
D’intensité anormalement violente ou atténuée
·
les nausées remplacent les vomissements
·
la présence de diarrhée, à la place de la
constipation;
·
la température très élevée ou normale.
Dans ces cas, il faut souligner la valeur des données de l’examen
clinique minutieux et répété, à la recherche de la défense et de la douleur
provoquée de la FID, s’aidant au besoin de manoeuvres comme la flexion de la
cuisse droite, la décompression brutale de la fosse iliaque gauche. De toute
façon, après avoir discuté les éléments du diagnostic différentiel,
l’intervention s’impose au moindre doute.
·
La topographie de l’appendice;
·
le stade évolutif;
·
l’âge et le terrain.
a) Formes topographiques.
1.
Psoitis fréquent (flexion permanente de la
hanche par inflammation du muscle Psoas)
2.
Douleur provoquée et défense localisée en sus
et retroiliaque droit à la palpation en décubitus latéral gauche
Ce tableau doit faire évoquer le diagnostic d’appendicite
rétrocaecale, surtout en l’absence de signes urinaires (problème diagnostic
avec la pyélonéphrite ou la colique néphrétique droite).
·
des douleurs hypogastriques d’apparition
brutale;
·
troubles digestifs: arrêt du transit ou
diarrhée;
·
troubles urinaires: dysurie, pollakiurie;
·
troubles rectaux: ténesme, épreintes;
·
un syndrome infectieux: fièvre à 38°C;
A l’examen
·
une douleur provoquée à la palpation de la
région hypogastrique
·
au toucher rectal, une douleur violente et
élective à droite;
·
chez la femme au toucher vaginal on retrouve la
même douleur mais les annexes et l’utérus sont normaux.
·
en l’absence d’intervention, l’évolution se
fait vers une pelvipéritonite ou la constitution d’un abcès pelvien qui peut
s’ouvrir spontanément dans le rectum, ou plus rarement dans la vessie ou le
vagin.
3- L’appendicite, mésocoeliaque entraîne un
tableau d’occlusion intestinale aiguë du type grêle, en faveur du diagnostic:
·
le contexte infectieux (fièvre,
hyperleucocytose);
·
la présence d’un point douloureux
latéro-ombilical droit;
·
l’absence de cicatrice abdominale;
·
les orifices herniaires sont libres;
·
les touchers pelviens sont normaux.
4 - L’appendicite sous hépatique réalise un
syndrome douloureux sous-costal droit, avec une douleur et une défense dans
l’hypochondre droit. Évoquant une cholécystite aiguë.
1 - La péritonite purulente diffuse peut s’installer d’emblée. Ou
après un intervalle libre (forme en deux temps). Avec:
·
un début brutal;
·
une douleur violente de la fosse iliaque droite
diffusant dans tout l’abdomen;
·
des vomissements et des troubles du transit;
·
un état général conservé;
A l’examen :
·
une contracture invincible, permanente et
douloureuse;
·
au toucher rectal, la présence d’une douleur au
Douglas;
En faveur de l’origine appendiculaire :
·
le syndrome infectieux (fièvre,
hyperleucocytose),
·
la nette prédominance des signes fonctionnels
et physiques dans la fosse iliaque droite, en particulier la contracture (++).
·
l’absence de pneumopéritoine à la radio sans
préparation.
2 - Les péritonites putrides (par
perforation d’un appendice gangrené) sont de pronostic plus grave, du fait de
la présence d’un choc toxi-infectieux qui peut masquer les signes abdominaux.
3 - Les péritonites localisées réalisent un
tableau de plastron appendiculaire avec un Empattement (masse douloureuse et
mal délimitée de la FID) fixée sur le plan profond et mat à la percussion:
·
le plastron peut conduire:
·
à un abcès appendiculaire avec persistance des
signes infectieux (surtout présence d’une hyperleucocytose avec polynucléose
croissante,
·
et localement, vers le ramollissement central
correspondant à l’apparition d’une collection suppurée:
En l’absence de drainage, l’abcès peut se rompre dans la cavité
péritonéale, réalisant une péritonite en trois temps
4 - Certaines crises régressent mais le risque
de récidive est important. La régression ne doit donc pas faire surseoir à
l’intervention.
1- Chez l’enfant, l’appendicite aiguë est fréquente
·
Après 3 ans, l’affection se manifeste en
général par un tableau proche de celui de l’adulte. Le principal diagnostic à
éliminer est l’adénolymphite mésentérique, affection évoluant dans un contexte
d’infection rhinopharyngée; son diagnostic est en règle opératoire.
·
Avant 3 ans, l’appendicite aiguë réalise en
général un tableau de péritonite dont le diagnostic est difficile étant donne
la pauvreté des signes locaux; la présence habituelle d’une diarrhée et d’un
état de déshydratation fait discuter une gastro-entérite.
2- Chez la femme jeune, l’appendicite aiguë, surtout dans sa forme pelvienne, prête à
discussion avec de nombreuses affections gynécologiques (grossesse
extra-utérine. torsion de kyste de l’ovaire, et surtout salpingite aiguë).
3 - Chez la femme enceinte, les difficultés diagnostiques sont habituelles du fait du
refoulement de l’organe en haut et en dehors. qui modifie la topographie des
douleurs, et du fait de l’absence de contracture pariétale en fin de grossesse.
4 - Chez le vieillard, le diagnostic est souvent difficile
·
malade vu tard;
·
interrogatoire peut être délicat;
·
examen difficile (paroi épaisse, ou flasque et
hypotonique).
5 - A part la forme tumorale, ou le principal problème est d’éliminer le
cancer du caecum; en sa faveur:
·
des antécédents appendiculaires récents, à
rechercher;
·
le contexte fébrile;
·
l’image de compression extrinsèque du bord
interne du caecum, avec conservation du liséré muqueux au lavement;
·
voire l’intégrité de la muqueuse à la
fibroscopie colique.
1 - De la crise d’appendicite aiguë de très
nombreux diagnostics peuvent être évoqués surtout chez l’enfant ou
l’adolescent.
·
Affections médicales (pathologie pleurale ou
pulmonaire, colique néphrétique, hépatite en phase pré ictérique, maladies
éruptives à leur phase d’incubation, affections rhinopharyngées, parasitoses.
colites ou gastro-entérites.
·
Affections gynécologiques (salpingite, kyste de
l’ovaire tordu ou rompu).
·
Affections chirurgicales: (diverticule de
Meckel compliqué, poussée de maladie de Crohn).
Au total: il est de règle chaque fois que l’appendice n’explique
pas la symptomatologie clinique, d’explorer soigneusement la cavité abdominale
en agrandissant l’incision (carrefour iléo-caecal, grêle terminal, annexes,
vésicule).
2- D’une péritonite, on peut discuter une origine ulcéreuse, biliaire, annexielle ou
colique. L’important ici est de poser le diagnostic de péritonite et
d’intervenir en urgence.
TRAITEMENT
C’est une urgence chirurgicale
1- En cas de crise aiguë:
·
La voie d’abord est iliaque droite (agrandie
selon les lésions);
·
l’exploration:
·
vérifie les annexes droites,
·
recherche un diverticule de Meckel, une
adénolymphite mésentérique;
·
appendicectomie;
·
un prélèvement de pus et un examen
anatomopathologique sont systématiquement effectués.
2- En cas de péritonite
·
une brève réanimation est nécessaire
(rééquilibration et antibiotiques contre les anaérobies), sonde d’aspiration
gastrique;
·
l’abord est large, en principe médiane;
·
les principaux gestes sont l’appendicectomie et
le lavage péritonéal
3- Les complications postopératoires s’observent
surtout en cas de formes graves:
·
Formes infectieuses: abcès de paroi ou abcès
péritonéaux (abcès du Douglas ou abcès sous phrénique);
·
Occlusion postopératoire, souvent mixte, posant
le problème de la réintervention:
·
Péritonite post-opératoire généralisée ou
localisée, conduisant également à la réintervention.
EN CONCLUSION
·
L’appendicite algue est une urgence
chirurgicale, déroutante par son polymorphisme et grave par son absence de
parallélisme anatomo-clinique.
·
Il faut retenir que la simple présomption du
diagnostic d’appendicite aiguë exige l’intervention, car en cas d’évolution
spontanée, l’affection expose à des complications redoutables, parfois
mortelles.





